Les 4 voies du Tantrisme : 4eme Non voie

Tantrisme ...
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Denis
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Les 4 voies du Tantrisme : 4eme Non voie

Message par Denis » 01 juin 2007, 12:49

Extraits tirés du livre Le Paramarthasara d'Abhinavagupta traduit et commenté par Lilian Silburn

... Étant donné que l'âme particulière n'est pas une émanation de Siva et qu'elle ne l'a jamais quitté, elle peut aisément obtenir la réalisation du fait, déjà existant, de son identité à lui. Car si Siva masque son Soi ou sa conscience absolue, il rejette aussi ses voiles d'une quadruple manière, qui constitue les quatre voies de la libération qui vont être décrites.
A vrai dire il n'y a pas à proprement parler de délivrance puisque le lien n'est que fictif. C'est ce que précise Abhinavagupta : « L'expression moksa ne signifie nullement libération; mais la révélation de notre essence authentique (svarupaprathana), la conscience de Soi qui n'est que la Réalisation de Paramasiva » .
Le Trika ne nous offre pas une mystique du yoga mais une mystique de la grâce, car tout est grâce : Siva n'apparaissant pas en effet comme de détenteur de la grâce, mais comme la grâce elle-même. C'est gratuitement que Siva accorde sa faveur pleine de miséricorde en se révélant à certains sans se soucier ni de leurs actes méritoires ni de leur karman, parce qu'il n'y a aucune mesure entre la compassion de Siva qui est absolue et l'effort de l'homme tout relatif où nous ne voyons que manifestation de l'illusion.
Étant donné que l'accès à Siva est entièrement en fonction de la grâce on distingue plusieurs voies qui correspondent à l'intensité de la faveur divine.
L'une, akrama, n'atteste aucune gradation tandis que l'autre, krama, est progressive; chacune d'elles comporte deux variétés.
La voie akrama est d'emblée parfaite, c'est l'accès sans mode d'où son nom d'anupaya, le non-moyen, car aucun procédé n'y est requis.
La grâce y est si intense, elle fond si subitement sur l'âme qui a perdu le sentiment de son identité au corps que la Révélation instantanée de soi-même à soi-même (unmesa) est universelle et complète, car elle contient l'état bhairava ou théopatique qui sera bientôt examiné. Comme dans la voie suivante, celui qui reçoit cette grâce intense (tivrasaktipata) devient un jivanmukta, il est délivré au moment même et atteint l'identité à Siva.

En Sambhavopaya, la voie de Siva, la grâce n'est pas aussi intense. L'âme est portée vers Siva par une aspiration ardente (udyama) et une dévotion sincère (bhakti). Ses activités sensorielles et intellectuelles, tout son être en un mot, sont naturellement introverties, en sorte que sans concentration ni méditation elles tendent spontanément à leur centre.
Un Maître spirituel s'avère quelquefois nécessaire, mais l'initiation surgit d'elle-même dans l'âme, de l'intérieur et sans le moindre effort. Cette voie excellente commence directement en nirvikalpa, l'absence de toute bipartition mentale, et s'achève par la divinisation de l'âme.
Les deux autres voies sont faites d'étapes successives qu'il est nécessaire de parcourir une à une en attendant la grâce illuminatrice qui vient à son heure. La purification par privation de toute pensée (vikalpa) est le trait marquant de ces voies.
Saktopaya , la voie de l'énergie, met en œuvre la connaissance. C'est aussi la voie du dénuement total et du recueillement continu. L'effort de l'âme y est indispensable, mais c'est un effort spontané et aisé.
La grâce accordée par Siva à l'âme qui parcourt cette voie n'est que moyenne; c'est un guru qui la transmet à l'âme en se servant de l'intermédiaire de l'efficience de formules mystiques et d'oraison vocale (mantra et japa). Le mantra est ce qui conduit à l'illumination.
Bhavana, la réalisation mystique, forme l'apogée de cette voie qui s'achève en samavesa, l'ensevelissement en Siva, mais ce n'est qu'après la mort que l'âme s'identifiera au Seigneur.
Anavopaya est la voie inférieure propre à l'âme ordinaire que le système nomme anu, c'est-à-dire fragment qui a perdu le sentiment de sa plénitude. La grâce y est faible, car elle s'adresse à l'homme qui conserve le désir des jouissances terrestres tout en possédant une secrète aspiration vers la délivrance. Ce n'est qu'après de nombreuses renaissances et lorsque tout désir de jouissance aura pris fin que cet homme réalisera son identité à Siva.
En raison de sa faiblesse, la grâce a besoin d'être suppléée par un ensemble de pratiques de yoga, postures, gestes mystiques, contrôle du souffle, méditation (dhyana), récitation de formules (mantra), etc., sous la direction d'un maître spirituel. Ces pratiques ne visent qu'une fin, la purification de la pensée qui est l'abolition de la bifurcation de la réalité en sujet et en objet.
... Le chemin qu'il faut parcourir lorsqu'on suit la voie de l'activité (anavopaya) est long et ardu, et l'on ne se maintient pas facilement dans le quatrième état alors même qu'on a obtenu l'éveil; les chutes y sont fréquentes et ce n'est que peu à peu, à la manière d'une tache d'huile qui s'étend lentement, que le quatrième état imprègne les trois autres états de veille, rêve et sommeil profond.
Il arrive ainsi au yogin de s'arrêter à mi-voie. Lorsque sa conscience n'est pas concentrée dans l'acte qu'elle accomplit et que son effort se relâche plusieurs possibilités s'offrent alors : la dualité qui avait disparu réapparaît tout à coup, ou encore le yogin tombe dans des états d'inconscience ou de sommeil spécifiques. Enfin il s'attache aux sons et aux lumières (nadabindu) d'ordre surnaturel qui lui apparaissent à l'issue de l'illumination (unmesa) et font obstacle à son absorption en Siva.
... On peut considérer le retour ascensionnel vers l'unité sous le double aspect de la quiétude et de la purification; il comprend une série de paliers, d'arrêts de la vie phénoménale que notre texte désigne sous le non de visranti. Yogaraja glose visranti par samadhi, extase. Visranti exprime une attitude si particulière à l'Inde que nous ne trouvons pas de termes appropriés pour traduire tout ce que ce mot implique. C'est un apaisement, un facteur d'immobilisation du flux perpétuel des éléments qui se succèdent sans discontinuer dans le temps. Par Visranti l'âme se replis sur elle-même et ouvre une brèche vers l'intériorité du Sujet (ahanta). L'élan personnel (karman) qui rive à la transmigration est tenu en échec et l'objectivité morcelée s'évanouit.
Cet apaisement consiste en une succession de recueillements de plus en plus profond et concentrés : d'abord doué de concepts et différencié (savikalpa), le recueillement devient indifférencié (nirvikalpasamadhi). Abhinavagupta nous dit que le but ultime de toute conscience objective est de s'absorber dans le Soi. L'énergie spirituelle est en effet un dynamisme qui ne peut se fixer en aucune forme finie et ne trouve sa consommation qu'en l'indifférenciation du suprême Siva.
Liens vers les autres voies :
Non voie
Voie de Siva
Voie de l'énergie
Voie de l'individu
Dieu nous donne ce dont il veut qu'on se serve, pour aller vers lui.
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Nadir
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Re: Les 4 voies du Tantrisme : 4eme Non voie

Message par Nadir » 06 août 2010, 15:20

" Au moment de pénétrer dans la Réalité Suprême, on considère comme un moyen tout ce qui se trouve à porté, fût-ce licite ou illicite ; parce que d'après le système Trika, on ne doit se soumettre à aucune restriction."
- T.A. IV sl. 273-275 -
Celui qui pratique connait. Il devient respecté de moi. Cette connaissance impénétrable à la parole et à la pensée est à obtenir seulement par la pratique.
~ Shiva Samhita ~
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