SadaShiva

Tantrisme ...
Un mot usité de partout, mis à toutes les sauces. Venez nous parler de vos expériences et idées sur cette voie.

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Michel C
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SadaShiva

Message par Michel C » 12 janv. 2007, 23:50

Bonjour, Bonsoir et bonne année 2007 !

Il est des jours où tout commence par une nuit, un rêve opportun, une impression de déjà vue, une ambiance qui ressurgit, enfin une évidence.

SadaShiva est l'éternel, la plus haute des énergies subtiles, le "Je" à l'état pur, il est le dernier support avant le sans support, il est le monde, l'univers entier.

Ha ! Qu'il est doux de se laisser glisser dans l'interstice, dans la subtile et vibrante émotion, d'avoir sans le posséder, le monde comme seul et unique représentation, comme dernière identité.

Je suis l'autre, je suis l'orange de l'étalage, je suis le pavé sur lequel je me promène, je suis dans le vent, dans la pluie, dans la neige, dans le feu, dans la pupille qui m'observe.

Nulle question, nulle complication, nulle localisation, je suis cela et cela je le suis. Se laisser aller à l'expansion fantastique, à la propagation de ma libre nature, éternellement heureuse, sans souci du lendemain, ni bien, ni mal, mourir à soi comme un ultime plaisir.

C'est aussi compact que sa nature est éthérée, aussi tangible que son être est invisible, aussi épais que sa sensation est fine, aussi véritable que son être est caché, aussi consistant que son émotion est subtile, enfin aussi inaccessible que la solitude de notre être.

Sadashiva est l'évidence même, il est la conscience éveillée, en sommeil, apaisée, rêvélée, il est ce fond sans fond, il est l'espace intérieur, qu'existe t-il d'autre ? mais plus encore, il est cette vibration qui manifeste ce goût pour l'éternité.

Qu'elle grandeur et qu'elle extravagance, qu'elle diversité et qu'elle présence !

Cette vibration possède une affectivité pure, elle est la grande félicité associée au pur sujet. Elle donne à celui ou celle qui la ressent comme un goût d'éternité, car il y est ressenti ce qui a toujours été là, elle fait connaître un domaine qui n’est pas sujet à la décrépitude, en un mot elle fait ressentir la gloire incommensurable de l’être.

Les textes du Shivaïsme du Cachemire disent :

"En Sadashiva, on prend conscience que : « Je suis cet univers entier », « Je suis moi-même cet univers entier, je suis tout l’univers ». Abhinavagupta le définit comme le « Cœur », l’essence du corps de l’univers « de la masse des sons ». Cette catégorie de l’éternel Shiva est encore nommée Sadàkhya parce que la conscience de l’être (Sad) y prend naissance pour la première fois. »

Ha que les mots sont faibles !

Avez-vous parfois le gôut de cette éternité ?

Pardonnez-moi cette logorhée, mais voilà il est des jours où c'est comme ça !

Et que vive ce forum pour l'éternité !

Merci
Chevalom
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Message par Chevalom » 13 janv. 2007, 07:58

Avez-vous parfois le gôut de cette éternité ?

bonjour Michel C,
tu nous parle d une experience tres belle où il existe cette fusion avec l univers.Elle peut etre vecu de differente maniere,soit en tant qu etre
ou en tant que tout.
Durant mon chemin la premiere experience fut celle de me fondre dans l univers en perdant toute notion de limite physique, je n etais plus que cela.Le son resonnais en moi.Mais c etait une experience interieur.
Ce n est que quelques annees plus tard que je l ai vecu differement.
Cette union s installa en mon etre et tout en etant moi chaque etre et chaque element exterieur ne furent plus s eparé de moi.Cette conscience ma permis effectivement d avoir cette conviction que mon etre s exprime est vit a travers toute la creation.Parfois ma conscience
me permet de vivre la separativite tout en etant qu un.
Effectivement tres difficile a exprimer, je vais citer une de mes experiences pour donner un apercu de cet etat,mais celle ci n est pas limitative. Comme l on parle de tantrisme elle rejoint la notion sexuel.
"Il m arrive par une simple caresse donner sur un corps d en ressentir
l effect sur mon propre corps.En caressant l autre je me caresse.Cela va plus loin; Le fait de faire jouir une personne, je ressent sa jouissance comme mienne. Dans ces moments je vis ma propre jouissance en tant qu homme, mais interieurement, et je vit en meme temps la jouissance de la femme en moi."
Cette fusion est tel qu une caresse sur mon propre corps est ressenti par l autre.
L on a dans ces moments la certitude que la differenciation de l etre par apport au monde n est qu illusoire et que transitoire.Mais il faut comprendre aussi que cette fusion ne concerne pas simplement la joie mais aussi la souffrance, et qu il n y a que le coeur qui peut nous ouvrir a cette experience.Et pour cela tous jugements ne doit plus avoir lieu.

Je finirais par cette autre experience où l univers n est plus simple matiere, mais le corps de notre propre aspect feminin. Il s ensuit une relation particuliere dans laqu elle s installe une intimite et un dialogue
amoureux et complice avec celui ci.

Je ne sait pas si tout cela est clair car cela depasse toute notion mental.
Et les mots sont parfois cruels car il y manque toute l essence de ces experiences.
Chevalom



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Michel C
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Message par Michel C » 13 janv. 2007, 14:10

Bonjour Chevalom

Je ressens bien ce dont tu veux parler. Même s'il s'agit d'expériences différentes, tes propos se rapportent tout à fait à ce que je voulais exprimer. Pour moi c'est très clair !

Je suis, d'ailleurs très heureux que quelqu'un me confirme cette expérience par une autre quasi semblable.

A ce sujet j'avais toujours été intrigué par une stance de Somananda dans la Shiva Drishti qui énonçait de mémoire : "Il n'y a pas de différence entre l'objet perçu et celui qui le perçoit".

Au bout d'un certain temps de pratique, j'ai eu un voisinage étrange avec les objets, une sorte d'accouintance familière, cela m'a fasciné pendant une année ou deux, je ne sais plus. Curieusement je trouvais beaucoup de familiarité avec les portes et les fenêtres entreouvertes, les radiateurs en fonte aussi m'interpellaient bizarement. Ca me rapellait la nausée de Sartre mais sans ce côté négatif et absurde que Sartre voulait philosophiquement y voir. Non c'était une proximité dérangeante mais fascinante.

Et puis les expériences se sont aggrandies et intensifiées, ce fut les jardins et les pelouses que je ressentais en moi, sans aucune barrière, sans aucune délimitation , les arbres aussi , maginifiques les arbres et les plantes, une confusion incompréhensible entre le dehors et le dedans. Et puis c'est advenu de manière plus grande et plus puissante encore avec les couchers de soleil, avec les astres et jusqu'à la nuit profonde.

Avec le recul, je sais maintenant que les années de pratiques et de discipline ont entraîné cette sensation, c'était comme un automatisme de l'énergie, c'était sa nature fluide et perméable qui s'exprimait en moi, c'était aussi le déconditionnement de la pensée et des vielles lunes qui s'évanouissaient.

Mais je sais aussi qu'il faut en avoir une compréhension prodonde, il faut une lucidité du phénomène pour pouvoir comprendre, pour pouvoir apprécier le jeu de cette énergie et ce que l'individu peut en retirer comme sens intelligible. Il faut vivre ce moment si précieux ou coïncide Stupeur et Lucidité.

Stupeur en ce sens, comme tu le dit, qu'il ne faut être que sensation, sans pensée, comme stupéfié par l'énergie ainsi manifestée.

Lucidité en ce sens qu'il faut garder la conscience de ce qui s'accomplit, en avoir une compréhension intime, posséder sans intervention de la pensée cette chance de comprendre intuitivement, directement le phénomène alors même qu'il se révèle à nos sens.

Et là point de doute, la conscience que l'on au fond de soi, interpénetre toute chose, est la substance de ce monde, le miroir qui reflète tout l'UNivers. C'est ainsi que l'on peut dire que la nature de cette conscience est inqualifiable, car pour aller jusqu'au bout de la sensation, il faut admettre que nous sommes simultanément ici et là bas, dans notre corps et dans celui de l'autre, présent dans le temps passé aussi bien que dans le futur ...

Enfin je pourrai disserter encore pendant des pages entières tant il y aurait de connexions à faire, tant d'ardeur à puiser dans cette sensation, et tant d'autres exemples aussi significatifs à raconter....


Mais c'est sUper ...

Merci
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Denis
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Message par Denis » 13 janv. 2007, 20:37

Merci pour ces échanges !!!

Ce genre d'accointance ont commencées pour moi il y a assez longtemps et effectivement plus le temps passe, moins la scission entre les objets et moi est opérante...

Il y a une chose comme ça qui était présente au début de ma pratique, c'était le fait de "gouter" une personne que je voyais, comme si je prenais un morceau de cette personne puis je le mangeais, alors les qualités et les grands axes de la vie de cette personne résonnaient en moi...

Il y a eu un jour ou j'ai pris un avion pour aller à la Réunion, et avant qu'il décolle, une partie d'un plafonnier est tombé sur ma tête (véridique !!), j'ai eu une peur énorme, je croyais que c'était un signe du destin, qui me disait : "descend de l'avion !!!"
Bref, nous avons décollé et quelques instants après je me suis endormi. En pleine nuit je me suis réveillé en sursaut et quelque chose à "cassé", j'étais l'avion, l'air, les sons, les vibrations... Cette état est maintenant souvent là, le déroulement de ce genre d'expérience est toujours étrange, je perçois le monde différemment, les couleurs ne sont plus les mêmes, les sons non plus...

Pendant longtemps j'étais moi aussi impressionné par des objets, comme les portes et les fenêtres en bois marron, pourquoi le bois est marron !!! :lol:
Dieu nous donne ce dont il veut qu'on se serve, pour aller vers lui.
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Michel C
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Message par Michel C » 13 janv. 2007, 21:52

Bonjour, Bonsoir

Ha merci Denis ! tu nous confirmes cette étrange sensation...

Nous allons pouvoir former une sorte de club de l'amitité avec les objets, nous prendrons la défense des bouteilles en plastique et des vieux avions pour qui ne partent pas à la casse sans une pensée émue pour eux.

Car eux c'est nous, et l'autre c'est encore nous ...

C'est rigolo cette histoire, car ça dénote qd même un grand déconditionnement de la pensée, une fluidité exceptionelle, une certaine perméabilité à l'environnement immédiat.

Si ça pouvait motiver justement le respect pour la nature et tous les objets produits par l'homme, ça serait pas plus mal ...

Une sorte d'écologie spirituelle, c'est dans l'air du temps, mais je doute que Nicolas Hulot aille si loin dans ses théories, je ne suis pas sûr que les gens comprennent bien le phénomène :

Adorer ce qui est faible comme ce qui est puissant, ce qui est laid comme ce qui est beau et y voir la même égalité de la conscience, les écolos ont encore un peu de chemin à faire ....

A Bientôt

Merci
Jugulé
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Message par Jugulé » 13 janv. 2007, 23:00

Quand j'ai vu que j'avais fait pousser les arbres autour de moi, je me suis dis que j'aurais du m'absternir d'avoir inventer le mal!
Denis a écrit :Pendant longtemps j'étais moi aussi impressionné par des objets, comme les portes et les fenêtres en bois marron, pourquoi le bois est marron !!!
C'est les matérialistes qui sont marrons! (Fallait bien la ressortir celle-là!) :wink:
kavi
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Message par kavi » 15 janv. 2007, 22:39

Bel échange.
En un sens, cela fait penser au solipsisme qui, selon Schiller, est la croyance que l'existence n'est qu'expérience qui ne se rapporte qu'à celui qui la vit et en est le centre unique. La divergence est dans le fait qu'il s'agit dans la tradition indienne d'un ego qui n'est pas limité par l'identification à la personne (persona = masque) mais l'abandon au courant même de la Conscience/énergie impersonnelle. Et l'on navigue ainsi, au gré des fluctuations mentales, de l'impersonnel à l'interpersonnel...

Je me souviens d'une proposition de pratique de Daniel Odier ( qui n'avait pas que des mauvaises idées, mais non, mais non) qui consistait à passer une journée à regarder le monde en inversant le courant habituel : d'ordinaire nous nous saisissons ou désirons saisir le monde ; il s'agissait au contraire de regarder le monde comme si c'est lui qui nous désirait. La pomme qui attend impatiamment la bouche qui va la mordre, l'arbre qui espère le regard dans lequel sa beauté s'établit. Car sans regard, sans tact, sans sensorialité, le déploiement de la manifestation n'est que farce blême, acte innacompli. Non ? ;-)

Kavi
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