Khalil Gibran : Le Prophète

A tout ceux qui sont investis dans une pratique depuis peu et qui souhaitent poser des questions ou témoigner de leurs débuts...

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lorkan739
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Khalil Gibran : Le Prophète

Message par lorkan739 » 20 avr. 2015, 06:34

Alors Almitra dit, Parle-nous de l'Amour.
Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s'étendit sur eux. Et d'une voix forte il dit : Quand l'amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.
De même qu'il vous fait croître, il vous élague.
De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil, Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.
Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.
Il vous bat pour vous mettre à nu.
Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.
Il vous broie jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.
Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.
Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.
Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,
Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, "Dieu est dans mon cœur", mais plutôt, "Je suis dans le cœur de Dieu".
Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :
Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par votre propre compréhension de l'amour ;
Et en saigner volontiers et dans la joie.
Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour ; Se reposer au milieu du jour et méditer sur l'extase de l'amour ;
Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;
Et alors s'endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.


Alors Almitra parla à nouveau et dit, Et qu'en est-il du Mariage, maître ?
Et il répondit en disant :
Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours.
Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours. Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu.
Mais laissez l'espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne.
Laissez le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l'autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu'elles vibrent de la même harmonie. Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l'un de l'autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l'ombre l'un de l'autre.


Et il dit :
Patient, trop patient est le capitaine de mon vaisseau.
Le vent souffle, et les voiles sont sans repos ;
Même le gouvernail implore un cap ;
Pourtant, mon capitaine attend calmement mon silence.
Et ceux-ci, mes marins, qui ont entendu le chœur de la plus grande mer, ils m'ont aussi écouté avec patience.
Maintenant, ils n'attendront plus.
Je suis prêt.
Le ruisseau a atteint l'océan, et une fois encore la grande mère tient son fils contre sa poitrine.
Adieu, peuple d'Orphalese.
Ce jour a pris fin.
Il se clôt sur nous, tel un nénuphar, sur son propre lendemain.
Ce qui nous fut donné ici, nous le garderons,
Et si cela ne suffit pas, alors nous devrons encore nous retrouver ensemble, et ensemble tendre nos mains vers celui qui donne.
N'oubliez pas que je reviendrai vers vous.
Encore un peu de temps, et ce vers quoi j'aspire rassemblera la poussière et l'écume pour façonner un autre corps.
Encore un peu de temps, un instant de repos au gré du vent, et une autre femme m'enfantera.
Adieu à vous, et à la jeunesse que j'ai passé avec vous.
Ce ne fut qu'hier que nous nous rencontrâmes en rêve,
Vous avez chanté pour moi dans ma solitude, et de vos élans j'ai construit une tour dans le ciel.
Mais maintenant notre sommeil s'est évanoui et notre rêve a pris fin, et déjà l'aube n'est plus.
Le soleil est au-dessus de nous et notre somnolence s'est transformée en plein éveil, et nous devons nous séparer.
Si, au crépuscule de la mémoire, nous devons nous rencontrer de nouveau, nous parlerons encore ensemble et vous me chanterez un chant plus profond.
Et si nos mains doivent se rencontrer dans un autre rêve, nous construirons une autre tour dans le ciel. Disant cela, il fit un signe aux marins et sur-le-champ ils levèrent l'ancre, larguèrent les amarres, et firent route vers l'est.
Et un cri vint du peuple comme d'un seul cœur, et il s'éleva dans le crépuscule et fut porté sur la mer comme un grand appel de trompe.
Seule Almitra gardait le silence, fixant le vaisseau jusqu'à ce qu'il s'évanouisse dans la brume.
Et quand tout le peuple fut dispersé, elle demeura seule sur la jetée, se souvenant en son cœur de ses paroles :
Encore un peu de temps, un instant de repos au gré du vent, et une autre femme m'enfantera.


Gibran Khalil GIBRAN est né en 1883 à Bcharré au Liban, issu d'une famille chrétienne (son grand-père était prêtre maronite). En 1894 il émigre aux USA avec sa mère, retourne au Liban en 1897 pour y faire ses études à l'École de la Sagesse de Beyrouth.
En 1901 il voyage en Grèce, Italie, Espagne, France, où il étudie la peinture. Il écrit alors Les Esprits Rebelles, un livre qui sera brûlé en place publique à Beyrouth et considéré comme hérétique par les autorités maronites.
En 1908, à Paris, il travaille à l'Académie Julian et à l'École des Beaux Arts, et il fréquente Rodin, Debussy, Maeterlinck, Edmond Rostand... En 1910 il retourne définitivement aux USA (New York) pour se consacrer à la peinture et à la poésie.
C'est en 1923 qu'il écrit son chef d'oeuvre : Le Prophète . Il meurt à New York en 1931; son corps sera ramené au Liban, dans sa ville natale de Bcharré.


http://www.oasisfle.com/doc_pdf/le_prophete_gibran.pdf
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Denis
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par Denis » 20 avr. 2015, 09:05

Magnifique Kalil Gilbran, il a passé sa vie à peaufiner son texte !
Dieu nous donne ce dont il veut qu'on se serve, pour aller vers lui.
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par ava: » 20 avr. 2015, 11:38

C'est magnifique !
Merci Lorkan "L'organe" du Coeur Supraconductor :coeur: :)
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par lorkan739 » 29 avr. 2015, 20:38

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Regard
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par Regard » 29 avr. 2015, 20:45

:coeur:
Sois le changement que tu veux voir dans le monde. Gandhi
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par lorkan739 » 01 mai 2015, 01:35

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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par lorkan739 » 08 mai 2016, 23:06

Puis Almitra parla, disant : Nous voudrions vous interroger au sujet de la Mort. Et il répondit :
Vous voudriez connaître les secrets de la mort.
Mais comment le trouverez-vous sinon en cherchant au cœur même de la vie ?
Le hibou dont les yeux perçant la nuit sont aveugles le jour, ne peut révéler le mystère de la lumière.
Et si vous voulez vraiment apercevoir l'esprit de la mort, ouvrez grand votre cœur dans le corps de la vie.
Car la vie et la mort sont une, de même que le fleuve et l'océan sont un.
Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs, réside votre silencieuse connaissance de l'au-delà ;
Et comme des graines rêvant sous la neige, votre cœur rêve du printemps.
Ayez confiance dans les rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.
Votre peur de la mort n'est autre que le frémissement du berger, alors qu'il se tient devant le roi dont la main va se poser sur lui pour l'honorer.
Le berger n'est-il pas ravi, malgré son tremblement, de porter la marque du roi ? Pourtant, n'est-il pas plus conscient encore de son tremblement ?
Car qu'est-ce que mourir, si ce n'est être debout, nu, face au vent et fondre dans le soleil ? Et qu'est-ce que cesser de respirer sinon libérer le souffle de ses marées tempétueuses, afin qu'il s'élève et se dilate et recherche Dieu sans entraves ?
C'est seulement quand vous aurez bu à la rivière du silence que vous chanterez vraiment. Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez votre ascension. Et quand la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par Denis » 08 mai 2016, 23:28

Magnifique !!!
Dieu nous donne ce dont il veut qu'on se serve, pour aller vers lui.
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Lisa83
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Re: Khalil Gibran : Le Prophète

Message par Lisa83 » 09 mai 2016, 02:06

Merci Lorkam pour ce magnifique partage.

Khalil Gibran est immense et inépuisable.

La nuit

Ô nuit , peuplée d'amoureux, de poètes et de chanteurs,
Ô nuit, hantée de fantômes, de rêves et d'esprits,
Ô nuit des passions et des souvenirs.

Etendue et mature, tu règnes entre le jeune crépuscule et l'aube fraîche,
Austère couronnée de lune, vêtue de silence, tu observes les mystères de la vie, tu écoutes le soupir de la mort et du néant.

Dans ton obscurité, nous voyons la lumière des astres,
Le jour, lui, nous plonge dans la matière sombre.

En toi notre conscience s'ouvre sur l'infini.
Le jour nous limite aux mesures,
Dans ton calme, les âmes dévoilent leurs secrets.
Le jour, un bruit infernal écrase l'esprit, et réveillé ambitions et chimères.

Toi, tu es juste : les rêves des pauvres et des riches se ressemblent sous ton aile.

Tu es affectueuse : tu es le répit des malheurs, portant leurs rêves vers un monde meilleur.

Tu veilles avec les amoureux,
Tu accompagnes nos détresses.

Les muses dans la volupté, inspirent les poètes,
Dans tes profondeurs se cristallisent les grandes pensées.
Et la prophétie, par tes sentiers, arrive aux prophètes.

Le coeur lourd, je me dirige vers les champs lointains,
J'y retrouve les fantômes des temps passé.

La sombre majesté frôle de mille pieds montagnes et vallées.

Alors, j'entends l'invisible et j'accède au silence.
Je vois la nuit, magnifique géant, se dresser entre le ciel et la terre,
Voilée de nuages, enveloppée de brumes,
Riant du soleil, méprisant les esclaves et leurs maîtres.

Elle fixe les voleurs,
Elle tourmente les rêves des rois injustes,
Pleure sur les rires des prostituées,
Sourit aux soupirs des amoureux.

Soulevant à sa droite les âmes nobles,
Écrasant sur sa gauche les esprits étroits.

Ô nuit, je t'ai vue,
Et toi, loin de tous, tu m'as vu.
Dans ta grandeur, je fus un père pour moi.
Mes rêves firent de moi ton fils.

Et nous avons commencé à nous connaître,
Nous nous sommes livrés l'un à l'autre,
La tendresse et la confiance se sont installées entre nous.

C'est alors que tu m'as pris contre toi et tu m'as instruit...
Tu m'as appris à voir, écouter et parler.
Tu m'as fait aimer ce que les gens détestent
Et adopter ce qu'ils rejettent.
Tu m'as animé l'esprit
Et éveillé l'âme.

Mon âme et ma conscience sont à ton image,
Dans mon cœur triste brillent les étoiles de mes souhaits.
Le jour, elles s'évanouissent.

Dans le ciel de mon cœur, il y a une lune, ainsi que le calme favorable aux soupirs, aux prières et à la poésie.

Ô nuit, je suis comme toi,
Et j'en suis fier.

Je suis comme toi, même si je ne peux me draper dans les galaxies.

Je suis une nuit continue,
Calme et agitée, sombre et profonde.
Si les uns sont fiers de l'éclats de leurs joies,
Moi je me vante de mes sobres tristesses.

O nuit je suis comme toi,
Lorsque mon aube se lèvera,
L'heure de ma mort sonnera.
Om Mâ Jay Jay Mâ
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