Pratiques des Natha Yogins

Tantrisme ...
Un mot usité de partout, mis à toutes les sauces. Venez nous parler de vos expériences et idées sur cette voie.

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Michel C
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Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Michel C » 03 Déc 2017, 19:15

Bonjour chers tous et chères toutes

Je reviens vers vous pour vous faire part de mon nouvel ouvrage, retranscrire mes expériences de Natha Yogin.

Toute de suite, je préviens ici les esprits chagrins, je n'ai pas les oreilles percées, et je n'ai pas été adoubé par un Gourou Indien issu d'une lignée dûment patentée,
mais désire plus simplement, contribuer à la simplicité de cœur et cheminer ainsi avec vous sur la voie adamantine chère aux Natha Yogins.

Il s'agira de revisiter les thèmes propres à cette voie en redonnant, sans être exhaustif, les grands axes de la pratique et de la théorie du Natha Yoga.
Nombreuses et nombreux seront celles et ceux qui se reconnaitront, car le yoga reste somme toute un seul et même arbre qui pousse continuellement
d'âge en âge et de génération en génération.

Cet arbre existe bel et bien, il est tout poussé dans le royaume du cœur, il est l’arbre de la vie, il réside dans le jardin secret de notre propre intimité, les oiseaux qui s’y posent sont toutes nos pensées, ses branches puissantes sont notre propre prise de conscience, son tronc est la certitude inébranlable, sa futaie est la grandeur de son efficience, son feuillage est la beauté exubérante, ses fruits la jouissance radieuse, ses fleurs l’ivresse de la connaissance, son ombrage le frais nectar de l’immortalité.

Hommage au Svayambhu Linga !
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Michel C
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Michel C » 03 Déc 2017, 19:18

Selon Tara Michaël (sanskritiste émérite) en citation de son étude :

Shri Âdi-nâtha est la Source de toute connaissance du yoga et du tantra. Il est Akula, le "Sans lignage", en qui apparaît et se déploie Kula ou Shakti, d'où proviennent toutes les lignées de Nâtha-siddhas.

Le Guru est considéré comme une manifestation de Âdinâtha Shiva. Sa demeure éternelle est sur la cime du mont Kailasha dans l'Himalaya, près du lac Manasarovar. Sa majesté se manifeste dans les douze jyotir-linga. Son mantra est: Omkâr âdinâthâya namah.

Selon le mythe fondateur, le dieu Shiva, Âdinâtha, dispensait les enseignements secrets, à son épouse la déesse Pârvatî, au pied du Mont Kailasha et au bord du lac Manasarovar. Dans la solitude des Himalaya, et dans le lac, un poisson (matsya) qui s'était caché là, écouta alors les enseignements au sujet de la divinité de l’Être Absolu et de toutes formes de sa Vie Terrestre.

Dépouillé par la puissance de cette révélation de sa forme de poisson, et recevant la grâce et la bénédiction de Shiva, il devint Matsyendra, le "Seigneur du poisson", le premier des Nâtha-siddhas.

Goraksha-nâtha est le plus illustre disciple de Matsyendra-nâtha, il répandit la voie du Hatha-yoga à travers toute l'Inde. Go signifie "vache", il est appliqué aux organes des sens; rakshâ veut dire garde, surveillance, protection; Goraksha est à la fois celui qui protège les vaches et celui qui est protégé par les vaches.

Un texte de bhakti, Bhakta-vijaya par Mahîpati, raconte ce mythe sur la naissance de Goraksha: un jour, Matsyendra-nâtha, pendant sa tournée d'aumônes, s'arrêta devant la maison d'un riche marchand, et cria "Alakh" (du sanscrit alakshya, l'Indéfinissable, l'Ineffable, désignation apophatique du Brahman suprême), auquel on reconnaît les Yogin aux oreilles percées.

La maîtresse de maison sortit en apportant son offrande, et fut étonnée de sa splendeur. Elle lui fit une requête: "je n'ai pas d'enfant, faites-moi la grâce de m'indiquer comment je pourrais en avoir un". Matsyendra bienveillant prit une poignée de cendres sacrées, y imposa la puissance d'un mantra, et les versa dans les mains de la femme, en disant :" dès l'instant où vous absorberez ces cendres, mêlées à un peu d'eau, vous concevrez un fils". Et il s'éloigna rapidement. La femme déposa les cendres dans son sanctuaire domestique, puis elle alla consulter ses amies et confidentes du voisinage. Celles-ci jetèrent le doute en elle, la persuadèrent que ce n'était qu'un tour de magie noire, et elle se débarrassa des cendres.

Douze ans plus tard, Matsyendra surgit à nouveau à la porte de cette maison, et à son cri : "Alakh", la femme sortit. Matsyendra lui dit: "permets-moi de voir sur-le-champ le fils qui t'est né après que je t'ai donné les cendres sacrées." Elle resta silencieuse, craignant d'être maudite.

Matsyendra reprit :
- Dis-moi si tu as avalé les cendres ou si tu les as jetées quelque part ?

La femme répondit :
- J'ai écouté les avis des autres, circonvenue par le doute, je les ai jetées dans le foyer, puis elles ont été collectées dans ce large fossé où les fermiers mettent leur bouse de vache.

Matsyendra s'approcha du monceau de fumier et appela d'une voix forte : "Alakh". Du sol sortit une voix: "O commandement de mon Guru", et un jeune garçon de douze ans, glorieux et lumineux, doué de toutes les marques du génie, émergea à cet endroit, non souillé par la bouse. Matsyendra le prit par la main et l'emmena. Comme il avait vécu dans un mélange de bouse et de cendres pendant douze ans, il fut nommé avec affection Goraksha-nâtha.

Cela explique la relation étroite entre Goraksha et la vache et tout ce qu'elle représente, mais aussi son tempérament ascétique, et son indifférence envers les femmes. Rejeté par celle qui devait être sa mère humaine, par un juste retour des choses, il fut capable d'ignorer le sexe féminin et de ne pas tomber dans les pièges tendus par celui-ci.

Goraksha-nâtha est l'un des neuf Nâthas selon le Mahârnava-tantra, l'un des douze Gurus humains (mânava-guru) selon le Kaulâvalî-tantra et le Shyâmâ rahasya, l'un des douze Kapâlika selon le Shâbara-tantra. Il est placé en tête, avec Matsyendra, de la liste des quatre-vingt-quatre siddhas par le Varna-ratnâkara, la Hatha-yoga-pradîpikâ et d'innombrables autres textes.
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Michel C
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Michel C » 03 Déc 2017, 19:20

La tradition Natha constitue une voie à part entière. Elle est suffisamment riche pour contenir toutes les pratiques et tous les usages du yoga. Assurément, une vie entière ne suffirait pas à en faire le tour. Cette voie comporte principalement les postures (asana), les souffles (pranayama), les gestes (mudra), les fixations oculaires (drishti), les formules énoncées (mantra) et les phonèmes monosyllabiques (bija), la visualisation de diagrammes (yantra), les ligatures (bandha), les purifications (kriya), les nettoyages (neti), la relaxation (nidra), les massages subtils (nyasa), les concentrations (dharana), le retrait des sens (pratyahara), l’adoration (bhakti), l’étude des textes sanskrits (jnana) et les méditations (dhyana).

De manière plus simple, voici la hiérarchisation des pratiques de cette voie :

Kriya (purifications au sens large, remplace Yama et Niyama du yoga de Patanjali)
Asana (Postures)
Pranayama (Contrôle des Souffles)
Mudra (Gestes avec les mains et tout le corps)
Pratyahara (Retrait des sens)
Dharana (Concentration)
Dhyana (Méditation)
Samadhi (Absorption)

Il est à noter l’importance des mudrâ dans cette échelle. D’une façon générale, les mudrâ sont des raccourcis, ils permettent d’éviter tout ce qui est « ennuyeux » et « fastidieux ». (yama, niyama, asana, dharana, etc..) On est censé y récupérer tout ce qui est acquis en prânayama. Il s’agit surtout de ne plus respirer et de tenir le vide ou le plein. Dans le tantrisme, l’état méditatif vient directement après les mudrâ, que ce soit après une montée d’énergie ou non. L’ordre est toujours : asana, prânayama, mudrâ, état méditatif. Il est à noter clairement que l’état méditatif s’accompagne ici de l’absence complète de souffle. Dans l’état méditatif se produit la Kévali Kumbhaka soit la suspension spontanée des souffles. L’individu se tient alors au centre de lui-même comme dans l’œil du cyclone où n’existe plus aucune agitation.

A l’instar des autres écoles tantriques, les Natha accordent une grande importance à la Kundalini Shakti. La visée principale du yoga tantrique est bien d’éveiller l’énergie de la Kundalini de sorte qu’elle puisse retrouver les centres du haut et notamment le Sahasrara Chakra et s’unir à Shiva en la sensation divine de la pleine Conscience.

Nous rappelons ici que la Kundalini Shakti n’est autre qu’une énergie de prise de conscience, elle est l’énergie de conscience de l’être universel qui s’éveille à lui-même. En tant que pure affectivité et pure vibration, elle insuffle le devenir chez toutes les créatures animées ou inanimées et possède tout pouvoir sur le cœur des hommes et des femmes.

Pour se libérer en une seule vie du conditionnement humain, les Natha ne préconisent ni les pratiques religieuses extérieures ni la connaissance des traités. Ils insistent sur une voie directe aussi brève que possible, celle que découvre l'adepte en lui-même et jusque dans son propre corps, lieu privilégié de l'expérience amoureuse, que celle-ci concerne la divinité, l'énergie ou l'univers.

A cette fin les Natha recourent à un seul moyen : l'intuition et la pureté de cœur. On les appelle en conséquence sahajiya, adeptes de la spontanéité. Ils se caractérisent par la simplicité du cœur et de l'esprit. Grâce au sahajasamadhi la pensée s'absorbe progressivement dans la félicité, l'impression erronée d'objectivité et de dualité s'estompe et finalement disparait. Lorsqu'un tel état de conscience se répand dans toutes les activités journalières, le yogin, quelles que soient les circonstances n'éprouve qu'une seule et même saveur (samarasa) qui imprègne l'univers entier.

C’est pourquoi il est nécessaire de sanctifier, de transfigurer le corps, car il faut un corps pur, subtil et adamantin pour obtenir des pouvoirs surnaturels. Mais, ici point n’est besoin de pratiques ardues et fastidieuses, le contrôle du souffle s’obtient en faisant pénétrer les souffles dans la voie médiane (sushumna) grâce à la friction unifiante des souffles ascendant et descendant qui n’exercent plus la dualité. Cette pratique s’effectue sans effort, la pensée étant devenue stable, les sens le deviennent également. Quant au contrôle sexuel, il dépend de l’énonciation intérieure (ajapajapa) ; en effet dès que tout a fondu dans la voie médiane, le yogin entend intérieurement une sonorité spontanée (anahata nada) et s’il demeure vigilant à son égard, la kundalini s’éveille puis s’élance dans le centre supérieur où elle s’unit à Shiva.

Ainsi atteint-il de façon aisée, naturelle, innée, l’état d’absorption dans la félicité (unmani) qui transcende la pensée et devient-il un homme, une femme, libre, sans attache. (avadhuta).

Mais pour obtenir cet état, un guru appartenant à une lignée véritable est indispensable : il doit être vénéré à l’égal de Shiva. C’est lui qui effectue chez le disciple la tenue du souffle, l’absorption de la pensée et l’éveil de la Kundalini.

De nos jours, le yoga Natha est encore bien vivant. A l’instar du tantrisme, il se trouve plus adapté à notre monde moderne particulièrement perturbé, et il ressurgit pour proposer un enseignement puissant et direct à l’encontre de la perdition et la complexité de notre civilisation. Ce yoga recherche la puissance, les pratiques de feu et l’élévation de la fréquence vibratoire. Il est abrupt et vise au centre de l’individu l’union de Shiva et Shakti dans les chakras et dans la Sushumna Nadi par la recherche de l’éveil de la Kundalini Shakti.

L’augmentation significative du niveau d’énergie procure toujours de bonnes sensations, les expériences s’avèrent plaisantes, le surcroit d’énergie aiguise les désirs et affine les sens, les nourritures terrestres deviennent encore plus délicieuses et savoureuses. De plus la montée d’énergie offre à l’adepte une puissance mentale décuplée et peut engendrer un sentiment de supériorité. Au fil des expériences l’adepte peut avoir l’impression d’appartenir à une élite, à une classe de privilégiés en rapport avec une population qui lui serait inférieure. Dans cette façon de penser et à coup sûr, l’énergie entraîne de grands désordres et de grandes déceptions. L’énergie agit ici comme une drogue, et l’adepte ressent le besoin de se lancer de nouveaux défis, d’en vouloir toujours plus. Il attend impatiemment le moment où il pourra retrouver ces états de pouvoirs. Cet aveuglement entraîne toujours des fautes et des chutes qui peuvent rapidement éloigner le pratiquant de la voie véritable du yoga. Cette puissance peut devenir un obstacle et une perdition lorsqu’elle est mise au service de l’ego et de la recherche d’une quête de reconnaissance mondaine. Invariablement, l’énergie, une fois montée finira toujours par redescendre, c’est sa nature de varier ainsi à l’infini et de relier les pôles d’opposés. C’est ainsi que ces cycles peuvent entrainer de grandes perturbations, de grandes déceptions et de grandes désillusions.

Elle devient par contre une voie précieuse, et une voie très efficiente, lorsque cette belle énergie est mise au service de la simplicité, de l’humilité et de la générosité du cœur. En ce sens il faut prendre en compte tous les aspects de l’énergie et mettre toutes ses potentialités au service de la Conscience universelle et non de l’ego phénoménal. Dans les pratiques qui élèvent le niveau d’énergie, il faut toujours garder une grande vigilance ainsi que d’une grande lucidité, pour comprendre ce qui s’accomplit à l’intérieur de soi. Il convient de se connaître soi-même et de toujours garder une visée purement intérieure et spirituelle, offrir le fruit de ses actes à la Conscience universelle.

Pour suivre ce chemin, il faut avoir une confiance absolue en son Guru, il est le guide, il est celui qui mène à Sat Cit Ananda (Être Conscience et Béatitude), notre condition native de bienheureux et bienheureuse. Le Guru réside en ce lieu (Shiva Loka), il montre ainsi, aux êtres affligés par le devenir, le chemin qui mène au-delà de la forme, à cet état de lumière et de paix.
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Denis » 03 Déc 2017, 20:57

Merci Michel pour ce texte qu’il me semble avoir déjà lu, je ne sais où ?
Il me semble qu’il manque des choses dans la liste des pratiques, notemment tarka et surtout puja
Enfin pour ce qui est des études de textes mon guru, yogi Matsyendranath, en a étudié des dizaines et nous conseille d’apprendre Le sanskrit et même lindhi pour bien les comprendre directement
Il ne faut pas aussi oublier que pour être Nath il faut avoir reçu des initiations d’un véritable guru dans cette lignée
Dieu nous donne ce dont il veut qu'on se serve, pour aller vers lui.
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Elise » 03 Déc 2017, 21:45

:) Merci !
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Michel C
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Michel C » 04 Déc 2017, 09:21

Merci Denis

Je ne connais pas le Tarka, pourras-tu nous en dire un mot ?

Sinon, en introduction, comme indiqué,
il y a des séquences tirées du Site de Tara Michaël
et de mémoire, des séquences tirées de "La Kundalini ou l'énergie des profondeurs" de Lilian Silburn.

Merci à toutes celles et ceux qui voudront bien enrichir ce travail...
Encore une fois, ils nous appartiendra de dégager simplement les grands thèmes du Natha Yoga.

A bientôt pour d'autres écrits

Michel
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philippe12
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar philippe12 » 04 Déc 2017, 19:52

Bonjour a tou-te-s

merci Michel C :allah:
superbe et inspirant passages
et merci pour le lien vers le site de Tara :coeur:

je te dedie ma pratique de ce jour et ce magnifique couche de soleil hivernal

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OM NAMAH SURYA NAMAH


C’est un plaisir de vous lire

Je vous souhaite
Une VIE remplie
D’AMOUR et
De LUMIERE
"je me pensais roseau, je n' etais que chene"
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar Michel C » 10 Déc 2017, 20:21

Le yoga peut se définir simplement par un retour à soi. À un moment de sa vie, l’individu comprend qu’il lui faut tourner son regard vers le dedans, qu’il lui faut s’occuper en premier lieu de son corps et de la sensation intérieure. Le yoga commence par ce retournement des sens vers le dedans. Cette décision essentielle d’emprunter la voie du yoga n’est pas facile, elle n’est jamais prise à la légère. Souvent, il faut le dire, ce retour à soi fait suite à des difficultés, à des souffrances physiques ou morales. Ce peut être la maladie, le décès d’un proche, une faillite dans les affaires, ou toutes autres déceptions et désillusions de la vie. Ce peut être également une lassitude des plaisirs matériels, de la superficialité des rapports humains, de la fatuité, de la luxure et de la vanité à y discerner un véritable projet de vie. Mais ce peut être aussi plus simplement, l’intuition de vouloir s’améliorer, de donner du sens à sa vie, d’y trouver une meilleure qualité, une recherche intérieure pour de nouvelles connaissances sur soi-même et les secrets de la vie.

Sur ce sujet la tradition établit trois catégories de parcours parmi les humains :

En premier lieu sont celles et ceux qui ne sont attirés que par les plaisirs matériels et les nourritures terrestres. Leurs seules préoccupations sont l’accumulation des biens matériels et la jouissance des plaisirs de ce monde. Mais cela n’est rien en comparaison de leur recherche de reconnaissance mondaine, car en vérité ce qu’ils désirent secrètement n’est rien d’autre que l’admiration de leur propre personne. Ceux-là dit-on constituent le bétail des Dieux et des Déesses (pashu). Leurs états de conscience dans les moments de plaisirs et de déplaisirs sont aussitôt consommés par ces maîtres et maitresses qui ne leur laissent aucun répit. Cette vision métaphorique du bétail parqué dans son enclot n’ayant accès qu’à un pré carré d’expériences limitées, illustre bien la condition naturelle des hommes et des femmes vivant sur cette terre. Cette condition est soumise à des puissances qui cherchent irrémédiablement à s’exprimer, il faut assouvir les pulsions irrépressibles de la faim, de la soif, du sexe et encore du désir incoercible de reconnaissance de sa propre personne.

En second lieu sont celles et ceux qui connaissent les mêmes expériences que les premiers, mais qui contrairement à eux, désirent sincèrement s’extraire de cette condition. En eux naissent la volonté de s’affranchir des désirs matériels pour une nourriture plus spirituelle. Préférant donner un sens moral à leur vie, beaucoup veulent ainsi privilégier la qualité à la quantité. Ils perçoivent à l’intérieur d’eux-mêmes des sensations de beauté et de pureté qui ne les laissent pas indifférents. Ceux-là sont, en vérité, à la croisée des chemins, ils et elles possèdent les qualités pour s’affranchir des illusions de la vie matérielle et sont réellement doués pour éprouver les réalités spirituelles de la vie intérieure. Mais dans les faits, la plupart se fourvoient dans des engagements militants ou poursuivent des causes justes, reproduisant à leur insu les mêmes motivations de reconnaissance mondaine. Ils s’égarent ainsi dans des voies politiques, sociales ou culturelles qui ne sont en réalités que des impasses menant à l’oubli de soi. Plus rares sont celles et ceux qui comprennent que si le monde pose problème, c’est en rapport avec leur propre comportement et leur propre jugement face au monde et non à cause du monde lui-même. « Si tu veux changer le monde commence par te changer toi-même » nous dit le célèbre dicton de Gandhi. Pour ces derniers, s’ils décident d’emprunter la voie du yoga et s’ils rencontrent un maître avéré d’une lignée véritable, tout devient permis et le chemin s’ouvre alors vers la réintégration de la totalité de leur être, le Soi.

Enfin faut-il encore mentionner celles et ceux pour qui tout est déjà fait. De par leur naissance, tout est déjà accompli. S’il convient de faire encore quelque effort sur la voie, c’est seulement celui du souvenir et de la reconnaissance de leur propre nature. En s’unissant à eux-mêmes, ils se reconnaissent alors comme étant de nature pure, parfaite et omnisciente. Ces êtres plongés dans leur propre Soi appréhendent l’Univers comme un reflet de leur propre intériorité. Ils ne sont pas soumis au Karman, leurs actions n’atteignent aucun but, les fruits de leurs actes sont offerts au feu du détachement intérieur. Agissant en toute spontanéité, au service de la Conscience, ils se vouent à une vie purement spirituelle, à la compassion, à la louange des Dieux et des Déesses, à l’adoration et la contemplation divine.

Pour celles et ceux qui cheminent en quête de vérité et veulent s’affranchir du voile de l’illusion, il faut donc s’efforcer et suivre les enseignements du yoga. Ce chemin symbolise le travail sur soi et l’aventure de la connaissance intérieure. Il est traditionnel chez le maître, à ce moment de décision, de faire douter l’élève et de lui proposer une véritable réflexion avant même de commencer. C’est ainsi que la première qualité requise est l’envie de s’engager sur ce chemin. Il faut une grande conviction pour s’élancer sur la voie du yoga, il faut la volonté de quitter pour toujours la vie mondaine et la ferme intention d’aller le plus loin possible dans ce voyage sans retour. Paradoxalement tout est déjà contenu dans cette première intention - l’élan est Bhairava – c’est-à-dire que l’adepte, par ce seul élan, par cette seule volonté, peut atteindre immédiatement son but, la réalisation du Soi. En effet, à ce point de départ, tout est déjà parfaitement exprimé : partant de Soi est le toucher du Soi en le retour à Soi. Pour l’adepte qui réalise ainsi cette continuité du Soi, le point de départ se confond avec le point d’arrivée et il n’y a alors plus nulle part où aller.

Mais rares sont celles et ceux pour qui le chemin peut être ainsi abandonné si vite. La plupart doivent continuer à cheminer et à travailler sur eux-mêmes. Selon la tradition Natha, il faut commencer par apprendre à mobiliser les meilleures énergies. Une fois la décision prise de s’engager sur le chemin du yoga, il n’y a plus que des certitudes, celles de suivre les directives du Guru et de s’appliquer dans les pratiques proposées. Ojas est le nom sanskrit donné à cette mobilisation des énergies. Ojas est ainsi la vitalité profonde de l’individu, elle est la véritable force motrice sur le cheminement intérieur. En vérité, ce sont les mêmes déterminants qui projetaient l’individu vers l’extérieur et qui maintenant le poussent à agir vers l’intérieur.

Selon Lilian Silburn : « Énergie consciente, la Kundalini est à l'origine des deux courants qui régissent la vie : prâna , énergie vitale, et vîrya efficience virile au sens large, le premier mettant l'accent sur l'aspect épanoui de l'énergie et le second sur son intensité adamantine. Ce sont les deux manifestations de la vitalité profonde (ojas) dont ils émanent avant de se fondre en une seule énergie à saveur unique (sâmarasa), béatitude propre à la fusion de la vie de l'instinct et de la vie intérieure et mystique. »

Dans la pensée indienne Ojas est considéré comme force de caractère. Cette puissance est contenue au niveau de la tête, du mental. Il s’agit de cette aura d’autorité dont jouissent les fortes personnalités. Ces derniers sont écoutés, leurs paroles sont prises en considération, elles possèdent du poids. Sans nier la partie innée de cette qualité, chacun peut assurément cultiver et développer Ojas. En yoga, dans les postures par exemple, il est important d’apprendre à se concentrer, à développer la fermeté et la stabilité mentale. Par la répétition juste des exercices, l’élève apprend la constance, la ténacité et la pugnacité. Toutes ces dispositions d’esprit permettent d’accroitre Ojas et d’emmagasiner de la puissance mentale. Au fur et à mesure du temps passé dans les pratiques, à force de se concentrer et de bien s’appliquer, l’élève accumule de la confiance, du savoir-faire sur lui-même, il gagne en force physique mais aussi en force mentale. Il est important de comprendre également que les capacités à mobiliser les meilleures énergies, à se concentrer et gagner en détermination peuvent servir aussi bien en yoga que dans la vie pour faire face aux difficultés du quotidien.

Nous voyons combien Ojas est une force subtile très importante qu’il convient de développer en soi. Si la pratique du yoga passe par le corps, la visée reste tout intérieure. À ce titre, l’un des buts du yoga, est bien d’accroitre la puissance mentale de l’individu, d’accroitre Ojas.

Pour être exhaustif, l’élève doit accompagner les pratiques de yoga par un changement dans ses habitudes de vie. S’il avait laissé s’installer de mauvaises habitudes de vie, il faut qu’il les abandonne sans tarder. Pour mobiliser les meilleures énergies, l’élève doit se maintenir en forme avec une bonne hygiène de vie. Il est excellent par exemple de doubler la pratique du yoga par celle d’un sport en plein air. Dans ce cas, il est préférable de choisir des sports qui fassent travailler le corps de manière équilibrée. La marche, la course, le vélo, la natation si possible en mer ou en rivière sont des activités physiques qui complètement idéalement la pratique du yoga. À ce sujet il est préférable d’enchaîner dans l’ordre : activité physique et yoga, et non l’inverse, de sorte à finir sur une pratique intériorisée, véritable but de tout l’exercice.

Dans le Tantra, les attaches deviennent des fils conducteur vers la liberté, et les désirs de puissantes énergies pour suivre le chemin de la réintégration vers la totalité de son être. Le tantrika n’ignore rien de ses désirs et de ses pulsions et notamment de ses pulsions sexuelles.
L’adepte à la voie de l’énergie comprend que l’énergie sexuelle se trouve être le désir de tous les désirs. Il faut alors sublimer cette énergie, pour la faire remonter vers les centres du haut. Il s’agit ici d’un travail sur soi extrêmement difficile. Certains sâdhus en Inde pour maîtriser cette énergie, s’afflige des mortifications, pouvant aller jusqu’à écraser les corps caverneux du pénis et empêcher ainsi toute érection potentielle. Sans aller dans ces extrêmes, l’adepte doit prendre conscience des énergies animales présentes dans les centres du bas. Frustration, colère, désir sexuel, faim et soif doivent être surveillé de près. Il s’agit non pas de réfréner ces énergies mais au contraire de les faire remonter vers le haut par le conduit de la sushumna nadi. L’adepte doit ainsi assumer son animalité et reconnaître en lui ce potentiel : énergie de défense du territoire, énergie sexuelle d’accouplement et de perpétuation de l’espèce, énergie de prédation, de la faim et de la soif. C’est indiscutablement dans ce réservoir que l’adepte doit puiser pour élever sa fréquence vibratoire et augmenter sa puissance mentale (Ojas).
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hridaya
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar hridaya » 11 Déc 2017, 13:27

merci Michel .
chevauche la monture du silence, afin de rejoindre le Guru Kabir
tybz
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Re: Pratiques des Natha Yogins

Messagepar tybz » 11 Déc 2017, 13:56

Oui merci Michel et merci pour ton site :)

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